J'ai récemment investigué un mystère qui ne semble pas très bien résolu : quel est le premier jeu vidéo réalisé au Canada ou au Québec ? Je vous épargne les détails, la réponse se situe peut être dans un espèce de système très étrange dans les années 1970 où l'on donnait des directives à un ordinateur via le clavier de son téléphone et que l'on regardait les résultats à la télé, un truc que j'ai peut être complètement halluciné en cherchant dans de vieux journaux. La réponse suivante, plus conventionnelle, c'est un trio de jeux Apple II sortis par une compagnie nommée Logidisques : Tétards, Caraïbes et Arsène Larçin. De ces jeux on ne trouve pas grand chose. Tétards a parfois la réputation d'être le premier des trois, mais c'est dû à la terminologie d'époque (on disait "jeu vidéo" pour signifier un gameplay de jeu d'arcade, les deux autres jeux se faisaient qualifier de "jeu d'aventure"), ce qui a mené à quelques articles de journaux des décennies plus tard, et une présentation des auteurs du jeu à la Bibliothèque Nationale il y a quelques années. À cette présentation d'ailleurs, il aurait été remarqué que le jeu n'était pas disponible où que ce soit pour jouer. Et trouver une copie de nos jours semble complexe. Ce qu'on a de Tétards aujourd'hui, c'est un reportage de Radio-Canada en 1982 où on voit le jeu être joué par ses auteurs chez Logidisque. On voit que c'est un espèce de Pac-Man.
Dans ce même reportage, on voit un extrait du prochain jeu en préparation de la compagnie : Le Jeu du Chômeur, programmé en solo par un certain Georges Huard. Ça a l'air intriguant, je cherche là-dessus.
Et donc il y a 2-3 ans, quelqu'un a (via un processus apparemment compliqué) réussi à faire un ROM du jeu et mettre ça sur archive.org. Que j'ai pu lancer dans mon émulateur Apple II et voilà où nous en sommes.Le jeu du chômeur consiste à faire gravir à des chômeurs les étages d'un bâtiment jusqu'en haut, au bureau du patron, afin d'obtenir une entrevue pour un éventuel emploi. Les étages sont remplis d'ascenseurs, et il faut trouver le bon chemin (ce qui nécessite parfois de redescendre pour mieux monter). Si le chômeur obtient un emploi, son salaire est établi selon la vitesse à laquelle il a réussi à trouver le bureau du patron. Il y a un niveau où les ascenseurs sont aléatoires, qui est décrit comme le premier niveau de difficulté mais j'ai trouvé que c'était le plus difficile.Bref c'est un petit jeu tout simple. Mais est-ce que c'est le tout premier jeu vidéo à avoir presque un regard social ? Je n'en connais pas de plus vieux. Il y a presque une intention artistique aussi, j'exagère peut être, mais à une époque où le jeu vidéo d'art n'existe pas (sauf Alien Garden) c'est à considérer. En tout cas.
Me voilà en train de jouer à un jeu pour enfants en bas âge juste parce que j'aimais bien le look des screens. C'est un autre jeu de Logidisque comme le précédent, mais il a été fait par une certaine Anne Bergeron (qui, je crois, est devenue professeure universitaire en science informatique par la suite).
C'est quasiment un prédécesseur de Little Computer People (lui-même ancêtre des Sims), dans le sens que ce n'est pas vraiment un jeu vidéo, mais comme une sorte de petit aquarium. Mimi la fourmi mène sa vie dans ton écran (mais, elle ne fait pas grand chose sans toi), et tu appuies sur des touches pour lui donner des directives.
L'idée est d'apprendre l'alphabet aux enfants. Et donc, si on tape F, Mimi va jouer de la flûte. Mais ça devient plus bizarre. La touche E invoque des escargots qui font une procession sur la musique du Boléro de Ravel (qui n'était pas encore dans le domaine public en 1984, elle est punk cette fourmi).
On peut contrôler le jour et la nuit avec J et N. On peut envoyer Mimi dans des cauchemars Lynchien avec R (pour rêve). Après il y a des touches je sais pas du tout ce que ça fait. L fait comme des chocs électriques partout sur l'écran. C'est aussi comme une sorte de proto Adibou.
Enfin voilà, c'est un truc qu'on regarde bouger un peu pendant 15 minutes. Ce qui me fascine, c'est que la présentation du truc (appuis sur une touche et Mimi va faire un truc mais tu sais pas exactement quoi !) permet d'être un brin, un tout petit brin, émerveillé par le simple fait que de gros pixels fassent des mouvements à l'écran, comme si j'étais en 1984. Je sais pas, je vis une expérience singulière avec ces trucs.
Un minuscule Visual Novel avec de multiples fins, qui raconte une nuit passé dans un hotel-spa au Japon, du point de vue d'une personne trans (de l'autrice du jeu autant que du personnage principal). C'est doux et bienveillant, et c'est vraiment un rien du tout de jeu, comme un petit zine qui prend 20 minutes à lire, mais ça a le mérite d'être éducatif sur la réalité trans au Japon avec ses contradictions.
La vie difficile des villes excentrées à l'architecture brutaliste de Russie se marrie bien à la 3D low-poly, c'est sûr. Babbdi est juste une seule map, une ville à explorer, avec unique but de réussir d'en sortir grâce à un billet de train. Pas de monstres ou d'ennemis, juste quelques personnes qui ont pas la pêche occupent sporadiquement la carte. C'est un jeu avec une mentalité de speedrunner, tout semble être conçu pour que premièrement l'on absorbe l'univers du jeu, puis qu'on apprenne les différentes techniques de déplacement et les bonnes cachettes d'items, puis qu'enfin on parte à pleine vitesse vers la fin. Je n'ai pas trouvé le jeu spécialement remarquable, mais c'est toujours fun pour moi de faire du plateforming en première personne quand les contrôles et l'environnement sont bons, merci Half-Life 2.
Coup de coeur pour cet étrange walking sim 2D, qui me fait penser à un espèce de morceau de Stoner Rock mystique et irréel entendu dans un état second, ou juste le zine le plus bizarre de ta dernière collecte à une foire dont tu n'as plus aucun souvenir. On contrôle une femme qui fume trois pipes en même temps à bord d'un navire de pirates qui semble approcher une tempête. On se déplace sur le bateau et on constate ce qui s'y passe, voilà, mais c'est super vraiment. Ça a l'esthétique très moche MS Paint d'un jeu amateur fait dans Multimedia Fusion en 1998, mais en fait c'est excellent, les animations sont splendides et prennent leur temps pour en mettre plein la vue. La musique est joué par de vrais instruments, par ce qui semble être un band de rock un peu psyché qui joue dans leur garage, ce qui décuple la sensation zine underground weird au tout.
C'est tout simple, presque une démo d'une idée qu'un jeu entier, mais il fallait bien que quelqu'un le fasse : croiser le classique jeu d'arcade Missile Command à un jeu d'apprentissage de taper au clavier (comme Tap'Touche au Québec, je sais pas si il y a eu un équivalent populaire en Europe. Typing of the Dead?) On doit taper un mot, une phrase, ou plusieurs phrases pour contre-attaquer un missile qui descend lentement. Ce que Intercontinental fait en plus, c'est qu'il se sert du setup pour raconter une histoire. Les messages semblent être des conversations sur internet, et il se passe quelque chose. Et donc on se retrouve à devoir taper des textes malgré soi pour éviter des missiles. C'est tout simple, mais c'est malin bravo le jeu.
J'ai trouvé celui-là un peu agaçant, même si c'est moins terrible qu'au début. C'est un de ces jeux où on explore des fichiers sur un desktop, sauf que c'est une version très abstraite et imaginaire qui n'essaie pas du tout de simuler quoi que ce soit. Le système opérationnel semble changer de temps à autre selon où on est. Le début a des vidéos plutôt énervantes de lapins à la voix accéléré, on dirait de l'humour dark-dépréciatif-métaphorique que j'aurais trouvé trop trop deep à 15 ans. En explorant plus loin les textes sont mieux écrit, mais l'idée que quelqu'un quelque part dans ce jeu fait une dépression dû à une impression profonde de solitude et de rejection est subtil comme un poing dans la figure, et bien que j'aille de la sympathie pour le sujet je n'en pouvais plus après un moment. J'ai ptet approché ce jeu du mauvais angle.
Un détail intéressant par contre : le jeu utilise également ton vrai desktop ! C'est ma vraie barre de tâches que l'on voit dans le premier screen. Tu peux télécharger des fichiers mystères du jeu qui finissent dans tes véritables dossiers. Ça sonne dangereux et comme une attitude de virus ce que je dis, en tout cas.
C'est un classique du RPG Making anglophone que je fais tardivement, le gameplay est absolument terrible mais l'ambiance préfigure les espèces de cauchemars horrifiques qui deviendront la mode dans ce milieu anglophone pendant quelques années. C'est intéressant de constater les différences entre RPG Maker en anglais et RPG Maker en français. En tout cas Space Funeral est un court jeu qui n'a pas eu l'impact que j'espérais sur moi-même, peut être parce que, sans la vibe gothique saignante, ça m'a fait pensé sur le fond à certains des premiers jeux que je faisais à mes débuts.
Hm.
Ouf ça m'a pris des mois et des mois avant d'oser l'attaquer, c'est vrai que les sujets au centre du jeu (abus sexuels de mineurs, inceste) sont graves, mais le jeu est fait avec goût et intelligence, et l'approche est extrêmement précautionneuse et pas du tout glauque, c'est même lumineux. Le point de vue est celle d'un personnage qui mène l'enquête sur son propre passé à travers un jeu vidéo de son enfance, et j'aime l'approche où le gameplay typique du visual novel, où le choix altère l'histoire, en est davantage une où le jeu s'adapte aux opinions et au confort du joueur sans rien invalider. Vu le contexte, ça me paraît crucial. Et en plus de ça c'est comme Actraiser au SNES ! Les phases principales du jeu sont espacées par un espèce de simulateur très simple et relax (qui est narrativement le jeu vidéo dans le jeu vidéo) conçu pour décompresser. Et puis l'esthétique est superbe vous avez vu ces scènes narratives qui a bien pu dessiner tout ça ??
Je le recommande, enfin aux gens qui peuvent approcher ce genre de sujet, même si encore une fois le jeu fait tout son possible pour être inclusif du plus grand nombre.
Ah la la, ça y est j'y ai enfin joué. Je viens de le finir tout à l'heure, plus d'un an après l'avoir acheté. Il faut dire que ce jeu a brisé ma Switch, en installant une update qui a pété ma console (qui avait des problèmes depuis que je l'ai eu, il faut dire).
J'aurais préféré qu'un autre jeu pète ma Switch, un jeu extraordinaire ou horrible, parce que Echoes of Wisdom était juste un brin décevant. Pas une catastrophe, du tout, mais ce Zelda m'a donné l'impression qu'il n'était pas conçu pour moi.
J'aime qu'on joue Zelda! J'aime cette idée d'être une magicienne plutôt qu'un guerrier à l'épée. J'aime l'idée d'avoir plein de sorts variés (le menu de sélection des sorts est affreux, par contre, une honte), de résoudre des énigmes à ma manière, c'est un brin the Breath of the Wild dans un Zelda 2D. Après ça rend tout vraiment très facile. C'est le défaut typique du Nintendo des dernières années où tout est ultra facile sauf deux trois trucs de fin (et encore là, ici, je ne pense pas que ce soit le cas). Mais par contre j'ai complètement bloqué sur deux énigmes facultatives qui je trouve étaient hyper mal expliquées, demandant de faire usage à des mécaniques de jeu précises qui n'ont pas été invoquées à aucun autre moment du jeu ! Alors soit c'est hyper facile soit c'est mal fichu, c'est l'enfer.
Ce début facile est aussi facile narrativement, dans le sens que le lore du jeu, qui est presque nul, ne semble arriver qu'après de nombreuses heures et déçoit énormément. Il n'y a tellement presque rien au début, ce long début très linéaire, que j'avais davantage l'impression de jouer à un jeu DÉGUISÉ en Zelda qu'à un Zelda, si vous voyez. Et toutes ces promesses de monde alternatif, qui pourraient expliquer certaines curiosité du jeu (la présence des Zoras des jeux 2D et des Zoras des jeux 3D, des bouts de maps exactement pareils à Link's Awakening ou A Link to the Past) non non rien, le jeu a juste le scénario le plus simplet possible. J'en demande pas tant pour un Zelda on s'entend, je veux juste une ambiance, j'ai même pas eu ça. À la place, et là c'est un péché mortel, on a ptet un scénario bidon, on a par contre beaucoup, BEAUCOUP DE DIALOGUES QUI SERVENT À RIEN ??? Je suis en train de jouer à un Pokémon moderne ou quoi ? J'avais envie de skipper le texte à de nombreuses occasions, tellement tout ne rime à rien. C'est pas intéressant, vos histoires, les PNJs, faites comme Link et bouclez-la !!! Cela dit, après un moment, une fois que tout est en place, après de nombreuses heures de jeu, ça y est, c'est un Zelda, et j'ai eu du fun par moments oui oui. Ça m'a même motivé à explorer plein de trucs, j'ai fait toutes les sous-quêtes du jeu, trouvé tous les echos, sans efforts (en partie parce que c'est trop facile oui). Ah et l'esthétique est... OK, je pense que ça look mieux en screenshot qu'en vrai, où je trouve que l'approche petits jouets manque un brin de vie par moments. Il faudrait faire un demake 8-bit gameboy noir et blanc, comme pour faire l'inverse du remake de Link's Awakening, et ptet que j'aurais meilleure impression du jeu ! Je pourrais continuer longtemps ! Malgré tout le négatif que j'ai sorti, il n'est pas du tout en bas de la liste des meilleurs Zelda, il est dans le tier du bas c'est sûr, mais c'est là où je place quasiment tous les Zelda 2D modernes, et en fait c'est peut être le meilleur Zelda 2D depuis euh ... Minish Cap (j'en suis pas fou de Minish Cap) ou les Oracle de Capcom ??... Ou Mystery of Solarus. Misère.
Non en fait je vais terminer sur une note controversée : le meilleur Zelda 2D moderne, c'est Cadence of Hyrule.